90 ans, ça se fête # 4 : À bord du Kanedevenn

Célébrer 90 ans d’existence en racontant l’histoire des femmes et des hommes qui ont fait, et font, la belle-iloise. Les rencontrer, les questionner, traverser leur existence. C’est ce que nous vous retranscrivons en images et en mots, pour partager un moment ensemble en cette année-anniversaire.
Pour notre quatrième portrait de l’année, embarquez à bord du Kanedevenn, notre bateau de pêche partenaire, en compagnie de Christophe Lachenays, Responsable des Achats à la belle-iloise.

À la belle-iloise, Christophe Lachenays sélectionne les poissons auprès des pêcheurs, et supervise l’ensemble des achats de biens et de services de l’entreprise. Il est ainsi responsable de toute matière première qui entre à la Conserverie (le poisson, les ingrédients, les huiles, les emballages), de tout bien matériel acquis par la société (comme le mobilier des magasins ou le matériel de l’usine), et de l’ensemble des services (tels que le transport, le stockage, l’énergie...). Toutes les dépenses sont gérées et centralisées par son service.

LE TRAVAIL
Comment es-tu arrivé à la belle-iloise ?
Avant d’arriver ici, je gérais les achats d’une entreprise agroalimentaire approvisionnant la grande distribution. Et je suis venu à la belle-iloise parce que j’avais envie de voir un autre type de fonctionnement, moins industriel, plus humain. J’aspirais à des partenariats de qualité avec les fournisseurs, plutôt que des rapports de force.
L’avantage de la belle-iloise c’est de ne jamais sacrifier la qualité du produit pour une histoire de prix, et de placer l’humain au cœur de l’entreprise, en témoigne la solidité des relations avec nos partenaires.
Je suis aussi né dans le milieu de la mer et issu d’une famille de pêcheurs, c’est donc assez naturel d’avoir atterri à la belle-iloise. Ce qui est drôle, c’est que ma mère y a travaillé comme saisonnière il y a très longtemps, quand la Conserverie était encore à Port-Maria.

Quelle est la politique d’achats de la belle-iloise ?
Pour nous, acheter ce n’est pas seulement trouver le meilleur rapport qualité/prix, c’est aussi choisir des fournisseurs qui estiment l’humain, respectent l’environnement, et dont les valeurs résonnent avec celles de la belle-iloise. Nous sommes là pour œuvrer sur le long terme, et cela implique que nos activités soient profitables et bénéfiques à tous. Ainsi, nous travaillons avec le moins d’intermédiaires possibles, et nous partageons de manière équitable, afin que chacun y gagne.

Comment décrirais-tu le management à la belle-iloise ?
C’est un management participatif et constructif. On peut ne pas être d’accord avec l’autre, sans pour autant le juger. On peut entendre les différences, tout en argumentant son point de vue. L’important c’est qu’il y ait échange. C’est pourquoi les valeurs de l’entreprise sont le respect, l’exigence, l’agilité, et l’enthousiasme, car ce sont les 4 ingrédients nécessaires pour bien travailler en équipe. Tout cela est porté par Caroline Hilliet Le Branchu, notre PDG, qui impulse l’esprit du collectif aux équipes : ici, on ne tire pas la couverture à soi, on avance et on y arrive ensemble.
Avec les partenaires et les pêcheurs, c’est la même chose : il faut qu’ils soient contents de la relation, qu’ils y trouvent un bénéfice, et qu’il y ait de la transparence.


Quel est ton meilleur souvenir à la belle-iloise ?
Les meilleurs moments, ce sont les euphories naturelles quand le stress redescend. Pendant la saison sardines, je dois trouver le poisson frais le jour même pour le lendemain, voir pour le jour même. Et parfois, ça relève presque de l’impossible ! Quand, dès le matin, j’apprends que le premier pêcheur sur lequel je comptais a une panne, puis que le deuxième ne trouve pas le poisson, au fur et à mesure de la journée je perds espoir... Alors, lorsque finalement un troisième appelle en disant « Ça y’est, j’ai viré du poisson », et que j’annonce aux équipes « C’est bon, il y aura de la sardine demain ! », forcément, il y a une euphorie collective car nous étions tous sur le pont dans l’attente d’une bonne nouvelle.


LA PÊCHE
Quelles relations entretient la belle-iloise avec les pêcheurs ?
Nous entretenons des relations solides avec les pêcheurs, fondées sur la proximité, la confiance et la transparence. Je leur parle 2 à 3 fois par jour pendant les sept mois de la saison sardines. Nos échanges sont très ouverts et nous comprenons lorsqu’il faut faire des efforts. L’important c’est de pérenniser les relations, à l’instar du partenariat avec le Kanedevenn, qui dure depuis 15 ans. Les nouveaux patrons du bateau ont aujourd’hui 25 et 32 ans, ils sont là pour un moment, et ils savent que la belle-iloise aussi.


Comment se traduit la transparence avec les pêcheurs ?
La Conserverie est agréée « Opérateur de pesée » par les autorités françaises, et participe ainsi au contrôle des pêches et des volumes prélevés dans la mer. Nous pesons tout le poisson que les pêcheurs nous livrent, et nous leur offrons une transparence totale en leur payant le poids réellement pesé, tout en garantissant à nos clients que nos sardines ont bien été comptabilisées comme pêchées en mer. Il y a peu d’entreprises à faire cela, et les pêcheurs savent qu’en livrant la Conserverie, ils sont rémunérés en fonction du poids exact du poisson.
Il n’y a pas d’entourloupe à la belle-iloise, nous sommes réglos, et c’est ce qui fait cette confiance. Elle se travaille jour après jour, et nous faisons tout pour qu’il n’y ait jamais de doutes. Quand j’ai un pêcheur au téléphone, nous échangeons sur tous les sujets : il me dit où il a péché, quel moule (taille de la sardine ndlr), s’il a péché tôt ou tard, la qualité du poisson etc… Et, en retour, je lui partage des informations sur la qualité du poisson reçu, le glaçage etc… C’est bénéfique pour les deux parties.

Est-ce que tu vas souvent voir les pêcheurs ?
Autant que possible. Le terrain, l’opérationnel, j’aime ça. Les contacts avec les bateaux quiberonnais sont très rapprochés du fait de la proximité de l’usine. Je suis allé sur le port de Lorient avant-hier, et je vais à une réunion avec les pêcheurs du Finistère vendredi. Se voir en vrai est important : c’est plus simple de comprendre les enjeux de chacun lorsqu’on voit la réalité de l’autre, et d’apporter des solutions, parce qu’on échange mieux.

La saison sardines commence, comment l’appréhendes-tu ?
On va faire en sorte que la saison se passe au mieux, comme chaque année. Quelques fois il y aura du poisson, d’autres fois il n’y en aura pas, il fera beau, il ne fera pas beau… On verra bien ! Là, on est sur le démarrage, et il y a des incertitudes sur quels bateaux vont aller en mer. Donc j’appelle un peu tout le monde, je fais le tour des popottes comme on dit.
En termes d’astreinte téléphonique, ça va de 6h30 à 21h, mais ça peut encore aller au-delà, en fonction des heures de sortie en mer de chacun. Et ça me plait, je fais toujours tout pour qu’on y arrive. S’il faut ne pas dormir une nuit pour avoir du poisson le lendemain, je ne dormirais pas. Ce n’est pas un souci.


LA TERRE
Es-tu un vrai breton ?
100% pur beurre, plutôt côté Morbihan, côté mer. Dans ma famille, nous sommes bretons de père et mère, de génération en génération, au moins depuis la Révolution. Donc l’identité bretonne est là, dans les gènes. Je suis très ouvert sur le monde, mais le hasard a fait qu’on soit tous bretons dans la famille.

C’est quoi être breton ? Qu’est-ce que ça porte ?
Chacun a sa propre conception de l’identité bretonne. Dans mon cas, il y a un affect très fort à la mer, mais il y a les bretons de terre aussi. Être breton, selon moi, c’est une appartenance à des valeurs, un attachement fort à un territoire, la défense de la région et de son histoire. Si demain il faut se battre pour la Bretagne, je serai l’un des premiers à y aller !

LA MER
Qu’est-ce qui caractérise le monde de la mer et relie les gens de mer ?
La liberté. La mer c’est une promesse d’aventures, sans limites. Elle offre un horizon qui semble infini, et qui permet de se projeter le plus loin possible.
Les gens de mer c’est aussi l’authenticité. On se dit les choses simplement, comme on les ressent. Et j’aime ça dans les rapports avec les pêcheurs. Parfois, les échanges sont un peu bruts, mais au moins ils sont vrais, et on avance. L’authenticité prime.
Enfin, il y a cet attachement viscéral à la mer : si je n’entends pas les goëlands, ou le bruit du ressac, ça ne va pas. La mer est ancrée en moi, je ne peux pas vivre sans.

BIEN MANGER
Pour toi, qu’est-ce que bien manger ?
Je pars du principe que l’on est responsable de comment on nourrit son corps. Et je crois que le corps appelle naturellement la nourriture qu’il lui faut. Si on l’écoute, on va manger naturellement des choses saines : des produits frais, les plus propres possibles, sans additifs. Bien manger c’est manger pour son corps.
Bien manger, c’est aussi ne pas gaspiller. Mon frigo est vide la plupart du temps, car je déteste jeter de la nourriture, je n’en jette d’ailleurs jamais. Un poisson, s’il est péché, c’est pour être mangé ou mis en boîte, sinon il fallait le laisser dans l’eau. Aujourd’hui, il faut que l’on vise collectivement le zéro-gaspi, à tous les niveaux. Manger sainement, c’est aussi ça : prendre juste ce qu’il faut, et ne pas prendre trop, pour finalement jeter et gaspiller.

Quelle est ta recette la belle-iloise préférée ?
Il y en a vraiment beaucoup que j’aime, je mange la belle-iloise chaque semaine, mais si je dois choisir je dirais les Sardines aux olives de Nice, et la Crème de sardine au whisky !
Est-ce que pour toi la conserve c’est un produit du 21e siècle ?
Oui. La conserve ne nécessite pas de dépense d’énergie pour être stockée, en plus d’être facile d’utilisation. Son grand atout, c’est qu’elle permet de manger toute l’année du poisson qui a été péché en saison. Et une fois en boîte, sa qualité reste intacte. Alors que la congélation demande beaucoup d’énergie, et le produit finit par s’oxyder avec le temps.


L'AVENIR
Qu'est-ce qui te donne de l'espoir en 2022 ?
Ma perspective, c’est que tout ira mieux demain. Je suis d’un naturel optimiste, et je me dis que tout est toujours fait pour le mieux, qu’il y a du bien à tirer de tout, même si on ne le voit pas dans l’immédiat. C’est un concept de vie spécial, mais qui permet d’avancer de manière positive.
Par exemple, la pandémie a fait que l’on a moins pollué, et c’est venu interroger les consciences humaines sur les modes de consommation, les conséquences qu’ils ont sur l’environnement. Je pense que la surconsommation va disparaître progressivement. Elle est due à ce que l’on a propagé au 20e siècle, mais aujourd’hui on est suffisamment informés pour savoir ce que l’on a à faire, et mieux avancer.

Crédit photos
Photos du Kanedevenn : Florence Joubert
Photo de Christophe Lachenays : Eric De Bagneux
